Philopolis

« Faire vivre la mémoire de Philadelphie, entre patrimoine réactivé et infrastructure détournée »

Lieu
États-Unis, Philadelphie
Année
2026
Typologie
Équipement culturel
Période
Septembre 25 – Juin 26

Faire en sorte que le musée de l’histoire de Philadelphie en raconte déjà l’histoire par ses façades, dont les matériaux et les motifs font écho aux strates architectoniques du quartier.

Situé dans le cœur historique de Philadelphie, l’ancien Franklin Institute — chef-d’œuvre du Greek Revival conçu par John Haviland entre 1824 et 1826 — abritait le musée d’histoire de la ville depuis 1941 avant sa fermeture en 2018, condamnant ainsi ses riches collections au silence des hangars. Invisibilisé par les mutations urbaines du XXe siècle, le site souffre d’un double enclavement, à la fois physique et mémoriel.

Le partiI.

Philopolis relève le défi architectural de la reconversion à travers une question centrale : comment faire de la mémoire d’un lieu le levier de sa propre réinvention ? Le projet orchestre un dialogue audacieux entre un patrimoine réactivé et une infrastructure moderne détournée. En métamorphosant le parking en un parcours muséographique immersif — qui guide le visiteur du « Chaos » des dépôts visitables jusqu’au « Cosmos » de salles thématiques protégées par une résille de briques ajourées —, l’intervention redonne du même coup de la visibilité à l’édifice historique. Ce dernier retrouve ainsi sa fidélité à ses prérogatives originelles pour devenir le Lyceum, un temple civique et académique. Connectés par une nef translucide en pierre attachée et en verre s’ouvrant sur des jardins publics réinvestis, ces deux objets jadis opposés s’unissent. Ils dessinent une architecture sensible au contexte urbain, rythmée par des épines verticales qui unifient l’ensemble.

MorphogenèseII.

II.01

Morphogénèse état initial

Dessin de morphogénèse présentant l’aspect formel prépondérant du parking, à savoir ses parapets qui forment de longs bandeaux horizontaux.

II.02

Morphogénèse étape 1

Création de nouvelles lignes verticales pour mieux s’insérer dans le quartier et retrouver une connexion terre-ciel

II.03

Morphogénèse étape 2

Travail de la trame régulière pour insérer des obliques qui rappellent les rampes du parking, de sorte à créer des points de fuite qui orientent le regard vers le bâtiment historique pour le mettre en exergue et lui redonner une place centrale dans l’îlot

II.04

Morphogénèse étape 3

Investissement de l’espace résiduel entre les deux existants pour les connecter de manière tangible par une fonction programmatique à la croisée entre le musée et les espaces académiques.

II.05

Morphogénèse étape 4

Faire en sorte que le musée de la ville raconte déjà la ville par ses nouvelles façades - avec l’emploi de matériaux et de motifs qui font directement écho aux strates urbaines du quartier.

ReconversionIII.

III.01

Axonométrie à la manière d’Auguste Choisy, présentation des principaux points d’intérêts patrimoniaux et architecturaux sur le site de projet

Sur le site du projet, l’intérêt historique se double d’un intérêt patrimonial matériel : on peut citer comme éléments architecturaux d’intérêt notables : la façade en marbre bleu de Pennsylvanie, les voûtes en arêtes et les voûtes cintrées en maçonnerie de brique, les manteaux de cheminées en marbre noir, les profils moulurés et les boiseries typiques du Greek Revival.

III.02

Coupe paysagère sur la 7e Avenue (Nord-Sud) avant l’intervention architecturale

Cette coupe paysagère présente les façades est de la 7e Avenue telles qu’elles existent actuellement. On observe que la structure du parking avec les lignes horizontales marquées par la présence des parapets tranche nettement avec la façade du bâtiment historique juste à côté sur la droite.

III.03

Coupe paysagère sur la 7e Avenue (Nord-Sud) après l’intervention architecturale

Cette coupe paysagère démontre l’intérêt d’intervenir en façade du parking, afin de se départir des lignes horizontales du parking pour favoriser la recherche d’une harmonie visuelle dans le quartier.

III.04

Plan du premier niveau du Lyceum et rez-de-chaussée du parking détourné

Afin de capter un maximum de flux piétons, l’entrée du musée est stratégiquement positionnée à l’angle entre Market St. et la 7e Avenue. De sorte à annoncer visuellement cette entrée depuis la rue, création d’un grand atrium vitré sur le boulevard commerçant qu’est Market St., qui dessert également les nouveaux commerces et le bar/café créé au rez-de-chaussée. Après l’obtention de son billet à la billetterie, le visiteur pénètre dans les espaces supérieurs en empruntant une première rampe courbe. Le rez-de-chaussée du musée figure les espaces de service comme les vestiaires, les toilettes, la boutique, ou encore des espaces de halte.

III.05

Plan du deuxième niveau du Lyceum et niveaux 1N/1S du parking détourné

Au deuxième niveau du bâtiment historique se déploie la séquence programmatique qui connecte les fonctions du musée et du temple civique. Je me suis inspiré de ma propre expérience aux archives de UPenn lors de mon séjour à Philadelphie pour créer un parcours de consultation des œuvres du musée. On commence par accéder à un sas vitré pour y laisser ses affaires, et on pénètre ensuite dans la salle de consultation des archives suspendue au-dessus du foyer en dessous. La salle est connectée par une passerelle à un noyau de circulation verticale qui permet d’accéder notamment aux espaces de dépôt visitable du musée - situés sur les plateaux sud.

III.06

Plan du troisième niveau du Lyceum et niveaux 3N/3S du parking détourné

Le plan du troisième niveau du Lyceum présente les salles d’études, les salles de réunion et les bureaux créés en place et lieu des actuels espaces de stockage. Au nord, on retrouve la verrière qui permet d’éclairer le foyer et la salle de consultation des archives d’une lumière zénithale. Du côté du musée, on distingue la structure existante (en bleu), des additions (en rouge). On retrouve l’organisation différenciée entre les espaces de dépôt visitable au sud de l’atrium central, et les salles thématiques fermées par des colonnes en partie nord.

III.07

Coupe perspective selon un axe Nord-Sud, à travers l’atrium du musée, la salle de consultation des archives et les espaces centraux du Lyceum

Cette coupe permet de montrer l’organisation des étages du musée. Afin d’abriter un grand volume d’objets, de natures très diverses, j’ai souhaité dédier une partie du musée à la création d’un dépôt visitable - partie qui se trouve sur les plateaux sud, directement connectés à la salle de consultation des archives. L’archive, l’œuvre y est brute, présentée sans artifices. En m’inspirant d’une cosmogonie grecque, c’est ce que j’ai appelé le CHAOS. Le pendant du CHAOS, c’est le COSMOS. Mes plateaux nord abritent ainsi les espaces dédiés à la mise en scène des collections du musée dans des salles thématiques. Au centre de l’image se trouve l’atrium qui sépare les plateaux sud des plateaux nord. Cet atrium est couronné d’une verrière afin d’apporter une lumière zénithale centrale qui éclaire notamment les salles en double hauteur.

VisionIV.

IV.01

Collage. Vue depuis les jardins réinvestis en cœur d’îlot. Dialogue entre le bâtiment historique et l’infrastructure du parking détournée

Les jardins aujourd’hui laissés à l’abandon sont réinvestis afin de créer de nouveaux espaces publics dans un quartier qui compte de nombreux bureaux et écoles. Cette vue permet de mettre en lumière le dialogue qui s’opère entre la façade en brique peinte du bâtiment historique et la nouvelle façade de la nef. La partie haute de cette nef est ceinte d’un système de pierre attachée, fait d’albâtre aminci feuilleté sur verre, évitant ainsi le rayonnement solaire direct qui pourrait abîmer les œuvres. La partie basse est elle entièrement vitrée de sorte à signifier les entrées et libérer la vue sur les jardins depuis la galerie.

IV.02

Une salle des archives à l’interface entre les deux existants du projet - faire vivre la mémoire de Philadelphie

La salle de consultation des archives est suspendue entre le bâtiment historique et l’ancien parking réhabilité - grâce à un système d’ossature bois-métal mixte qui évite de devoir placer des poteaux dans le foyer. Elle est éclairée d’une lumière zénithale indirecte grâce aux brise-soleil présents en sous-face de la verrière. Elle présente sur sa face ouest une grande surface vitrée qui donne sur le foyer en contrebas.

IV.03

Investir l’espace résiduel entre les deux existants - une manière de les connecter programmatiquement et visuellement

Les murs du foyer, recouverts d’un enduit minéral, viennent doubler ceux du parking et du bâtiment historique afin de créer une atmosphère épurée pour mettre en valeur la lumière qui descend le long des murs. La minéralité du foyer tranche avec la chaleur du bois de la salle de consultation des archives.

IV.04

Coupe axonométrique sur le bâtiment historique réinvesti et transformé

Mon parti pris concernant l’intervention patrimoniale sur l’existant a été d’exprimer un vœu de fidélité à l’état originel de l’édifice tel que souhaité par l’architecte Haviland - aussi bien dans sa forme que dans ses fonctions. J’ai commencé par recréer le cénacle de la vie intellectuelle de l’édifice, à savoir l’amphithéâtre. Avec cette fonction intellectuelle et académique retrouvée, je procède ainsi de la transmission de la mémoire passée du lieu. Au niveau supérieur, j’ai procédé de la même intention de restitution de l’état premier en recréant la bibliothèque d’origine, de sorte à pouvoir notamment y rapatrier les archives du Franklin Institute. Enfin, au troisième niveau, je perce des ouvertures en toiture. Je procède là encore d’une démarche de restitution de l’état premier de l’édifice, car des ouvertures zénithales existaient bel et bien au XIXe siècle comme l’attestent les plans de l’architecte Haviland. Ces ouvertures permettent d’éclairer d’une lumière naturelle des espaces de stockage redevenus espaces d’étude tout en révélant du même coup les charpentes auparavant cachées.

IV.05

L’amphithéâtre reprend vie au coeur de l’édifice historique : une manière d’assurer la transmission de la mémoire passée du lieu

En ce qui concerne les aménagements intérieurs du nouvel amphithéâtre, je reprends les proportions des gradins d’origine, mais pour ce qui est des matériaux, j’ai souhaité rendre l’intervention lisible. D’où le choix du bois pour sa chaleur, sa contemporanéité et ses vertus acoustiques.

IV.06

Collage. La façade sur la 7e Avenue dévoile la machine muséale, dont les rampes sont au coeur de la déambulation

A mesure que le visiteur passe des plateaux sud à ceux situés au nord, et progresse dans les étages, de plus en plus de lumière perce à travers la résille en façade dont les briques s’ajourent progressivement. Cet effet architectonique, c’est la matérialisation architecturale du passage du chaos au cosmos, et de l’élévation par l’accès à la connaissance.

IV.07

L’ossature originelle du parking laissée nue contraste avec les additions architecturale destinées à la création des espaces du dépôt visitable

Les interventions dans le parking se concentrent sur des éléments architectoniques précis, qui visent à évoquer la fonction première du lieu comme parking. Les ornières d’un terrazzo sombre rappellent le passage des voitures et guident le visiteur dans les étages. Les parapets existant des rampes sont prolongés afin de créer des espaces d’assise. La conception est pensée jusqu’à la main courante dont la géométrie évoque l’industrie automobile, le mouvement, et la vitesse.

IV.08

Le visiteur quitte sa déambulation autour du péristyle pour pénétrer dans les salles en double hauteur baignées d’une lumière zénithale naturelle

Les salles en double hauteur, grâce au percement de trémies dans les dalles du parking, offrent des espaces de respiration dans un parcours déambulatoire marqué par la faible hauteur sous plafond des étages du parking. Ces salles bénéficient ainsi de davantage de lumière naturelle grâce à la verrière qui couronne l’atrium, et mettent en scène les objets phares des collections du musée.

IV.09

Collage. La nouvelle adresse à l’angle entre Market St. et la 7e Avenue

Dans mon projet, les différences des fonctions intérieures se matérialisent en façade. Le soubassement en pierre devient par moment semi-transparent pour créer de la porosité au rez-de-chaussée et me connecter à la rue. Le corps des étages présente lui une résille en brique à l’ajourement dynamique à la portée symbolique. Enfin le couronnement se veut plus léger, plus discret. Tout en métal, il fait écho au langage des gratte-ciels de Philadelphie. Ce qui unifie les 3 langages et ce qui établit aussi un lien avec le bâtiment historique, ce sont les épines verticales qui ceignent l’ensemble du bâtiment. Elles apportent une unité visuelle commune aux 4 façades et leur donnent un rythme régulier, basé sur l’entraxe entre les piliers toscans du Lyceum.

IV.10

Coupe axonométrique de détail

Les épines présentent un avantage constructif important. Attachées à l’ossature du parking, ce sont elles qui tiennent le mur manteau des façades du musée, ce qui évite donc d’avoir à recourir à une seconde structure. Ce mur manteau répond également à des besoins purement pragmatiques : comme la nécessité d’isoler acoustiquement et thermiquement les fonctions muséales

IV.11

Vivre l’histoire Philadelphie dans une infrastructure brute dont la fonction première n’a pas été complètement effacée

Chaos et cosmos sont tout de même unifiés par un même langage : celui du squelette en béton laissé volontairement apparent dans les étages de l’ancien parking détourné. La froideur et la minéralité du béton tranche avec la richesse des objets exposés. L’architecture s’efface pour mettre en valeur les collections.

IV.12

Un dernier niveau muséal dont le langage architectural change avec la fonction : plateau libre destiné aux expositions temporaires

Dans tout un symbole, la ville se dévoile pleinement au dernier niveau. Ce grand plateau laissé libre est destiné à accueillir les expositions temporaires.Le plateau est baigné d’une lumière naturelle grâce au mur rideau au sud et à la verrière qui couronne l’atrium.